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jeudi 12 février à 14h à l’Université Lumière Lyon 2, 18 quai Claude Bernard 69007 Lyon France, Salle Léonie Villard
Titre des travaux : Sauvetage ou abandon ? : la politique du gouvernement turc envers ses ressortissants Juifs vivant en France pendant la Shoah
Composition du jury :
Isabelle VON BUELTZINGSLOEWEN, Université Lumière Lyon 2, Directrice de thèse
Samim AKGÖNÜL, Université de Strasbourg, Rapporteur
Jean-Marc DREYFUS, University of Manchester, Rapporteur
Zeynep BURSA, Université Lumière Lyon 2, Examinatrice
Nora SENI, Université Paris 8, Institut français de géopolitique, Examinatrice
Ahmet KUYAŞ, Université Galatasaray, Examinateur
Emmanuel SZUREK, EHESS, Examinateur
Résumé :
Au début de la Seconde Guerre mondiale, la politique étrangère de la jeune République turque, fondée en 1923, est axée sur le maintien de la paix avec ses voisins et les grandes puissances, en raison de sa faiblesse économique et militaire héritée de la guerre d’indépendance qui a suivi immédiatement à la Première Guerre mondiale. Ainsi, jusqu’aux dernières semaines du conflit, la Turquie s’efforce, non sans grandes difficultés, de préserver de bonnes relations avec l’ensemble des puissances belligérantes, tant de l’Axe que des Alliés, dans le but prioritaire de sauvegarder son indépendance et son intégrité territoriale. Bien que la Turquie soit restée neutre, les Juifs nés sur le territoire de la Turquie actuelle après la fondation de la République mais ayant émigré en Europe depuis la fin de l’Empire ottoman, sont visés par des mesures antisémites. C’est en particulier le cas en France, où les Juifs turcs se sont installés en nombre. Alors que le risque de déportation des Juifs citoyens de pays neutres se fait de plus en plus menaçant, la Turquie intervient pour sauver et rapatrier ceux qu’elle considère comme de véritables citoyens turcs. Ainsi, les Juifs d’origine turque naturalisés Français (même s’ils ont été dénaturalisés par le régime de Vichy) ou qui n’ont pas renouvelé leurs papiers dans un consulat turc depuis plus de cinq ans sont abandonnés à leur sort. En France, ce sont près de 1 400 Juifs nés sur le territoire de la Turquie contemporaine qui sont ainsi déportés dans des camps dont la plupart ne sont pas revenus. Cette thèse contredit donc la mémoire officielle diffusée par l’État turc et met en lumière la responsabilité de la Turquie dans la déportation, depuis la France, de Juifs d’origine turque pendant la Seconde Guerre mondiale.
Afin de redonner une place dans la mémoire à ces victimes oubliées, nous avons tenu à établir de façon rigoureuse, en croisant différentes sources et archives, une liste de ces Juifs originaires de Turquie déportés depuis la France. Et afin d’incarner leur parcours, nous avons analysé leur lieu de naissance et de résidence en France, leur âge, ainsi que leur destin — en déterminant s’ils ont survécu ou non à la déportation. Enfin nous avons lorsque c’était possible, donné la parole aux survivants en mobilisant leurs témoignages. La question du sort des Juifs turcs installés en France nous a aussi permis de mieux cerner l’attitude de la Turquie vis-à-vis de l’émigration des Juifs installés en Europe, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. En effet, si Ankara s’est montrée si frileuse dans le rapatriement des citoyens d’origine turcs vivant en France pendant la guerre, c’est aussi parce qu’elle veut à tout prix éviter de devenir une terre d’accueil pour les réfugiés juifs. Cette attitude s’explique en partie par ses relations étroites avec la Grande-Bretagne, qui, de son côté, craint qu’un afflux de Juifs transitant par la Turquie pour venir s’installer en Palestine ne provoque une révolte arabe. Après la guerre, l’émigration juive depuis la Turquie vers d’autres pays, en particulier vers le nouvel État d’Israël, se poursuit, les Juifs turcs craignant de subir les conséquences de la politique de turquisation du gouvernement et espérant trouver une vie meilleure hors de leur pays natal.