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mardi 26 mai à 14h à l’Université Lyon 2, campus des berges du Rhône, salle DEM.015, Bâtiment Demeter, 4 bis rue de l’Université 69007 Lyon


Titre des travaux : Pratique, usages et fonctions du dessin chez Jean-Baptiste Greuze (1725-1805). Du travail préparatoire à l’autopromotion

Composition du jury :

Sophie Raux, Professeure d’histoire de l’art moderne, Université Lumière Lyon 2, directrice de thèse

Martial Guédron, Professeur d’histoire de l’art moderne, Université de Strasbourg, rapporteur

Charlotte Guichard, Professeure d’histoire de l’art moderne, École normale supérieure – PSL, examinatrice

Estelle Leutrat, Professeure en histoire de l’art moderne, Université de Poitiers, rapporteure

Christian Michel, Professeur honoraire d’histoire de l’art, Université de Lausanne, examinateur


Résumé de la thèse en français :  
Cette thèse étudie l’œuvre dessiné de Jean-Baptiste Greuze comme le lieu privilégié de construction d’une identité artistique à une époque où le dessin connaît un engouement sans précédent, en étroite correspondance avec l’esthétique des Lumières et l’émergence d’un nouveau langage de la sensibilité. Loin d’être un simple outil préparatoire au tableau, le dessin constitue pour Greuze le fondement de sa pratique : un espace d’expérimentation, de mise au point formelle et d’affirmation stylistique. Il forme le socle à partir duquel Greuze élabore son langage visuel et façonne l’image d’un artiste pour qui la maîtrise du trait et l’intensité expressive sont essentielles. L’analyse de la genèse des œuvres met en lumière un processus créatif long et méthodique, fondé sur la fragmentation des compositions, la multiplication des études et l’isolement des figures. Le dessin apparaît ainsi comme un instrument à la fois de contrôle et d’invention, où s’articulent l’héritage académique, la référence aux maîtres anciens, l’étude du nu et l’observation attentive de la nature. Cette pratique révèle un artiste soucieux de concilier rigueur formelle et efficacité expressive, dans une recherche constante d’équilibre entre tradition et singularité.
C’est dans cette tension entre diversité des pratiques et constance formelle que se construit ce que l’on peut appeler le « style » Greuze, au cœur de cette étude. Cette thèse examine en effet la manière dont Greuze forge une identité graphique reconnaissable, grâce à des motifs récurrents, à la circulation par l’estampe et au rôle fondamental des gravures en manière de crayon dans la fixation d’une véritable « image graphique » de l’artiste. Cette diffusion contribue à faire de Greuze un modèle dans les écoles de dessin et à susciter l’émulation. Les stratégies destinées à faire naître et à entretenir une forte demande pour ses dessins occupent une place centrale dans notre travail, qu’il s’agisse de leur exposition au Salon, de la répétition et de la variation calculée des compositions ou encore de la constitution d’un réseau de collectionneurs. Le dessin y apparaît comme un objet pleinement inscrit dans les dynamiques sociales, économiques et culturelles contemporaines. Ces stratégies témoignent aussi d’une conscience aiguë des dynamiques du marché de l’art et des mécanismes de l’opinion publique. La singularité de Greuze ne relève ni du hasard ni d’une simple expression personnelle, elle est construite, cultivée et diffusée. La liberté d’invention, l’autonomie d’exécution et la visibilité de la main contribuent à façonner une identité artistique que Greuze expose, revendique et inscrit pleinement dans l’espace public du Paris des Lumières.