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Titre des travaux : De la mainmorte à la main invisible. Suppressions ecclésiastiques et transferts fonciers dans la République de Venise (1766-1797)


Composition du jury :
Mme Monica MARTINAT, Université Lumière Lyon 2, Directrice de thèse

M. Jean-François CHAUVARD, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Co-directeur de thèse

Mme Dorit RAINES, Università Ca’Foscari Venezia, Rapporteure

Mme Michela BARBOT, ENS Paris Saclay, Examinatrice

Mme Solène RIVOAL, Université d’Albi, Examinatrice

M Bernard HOURS, Université Jean Moulin Lyon 3, Examinateur



Résumé :
Cette recherche porte sur la dimension vénitienne d’un processus commun à l’ensemble des États européens catholiques : la réforme du champ ecclésial et, plus particulièrement, la suppression de la moitié des établissements réguliers et la vente de leurs propriétés à la fin des années 1760. À partir des fonds des deux magistratures instituées pour résoudre, la Deputazionead pias causas et l’Aggiunto sopra monasteri, la question des richesses ecclésiastiques (noyau du corpus) et ceux d’autres acteurs institutionnels périphériques, l’objectif est de reconstruire le dispositif institutionnel. L’étude des conditions de possibilité de cette réforme conduit à expliquer qu’elle correspond à une reconfiguration du dispositif juridictionnaliste élaboré depuis le XIIIe siècle pour encadrer la croissance des patrimoines ecclésiastiques. Jusqu’au XVIIIe siècle, ces institutions sont des actrices majeures de l’économie moderne, mais les réformateurs, à l’échelle européenne, souhaitent les évincer de la sphère temporelle (propriétés foncières, gestion des institutions scolaires et hospitalières) pour restreindre leurs activités aux questions spirituelles, participant ainsi à un processus de désecclésialisation des pratiques et des relations sociales.
Entre 1766 et 1770, les magistrats et les agents de la Deputazione élaborent progressivement un plan pour(re)mettre en circulation les richesses matérielles, immobilières et mobilières, d’une Église nationale qui devrait être restreinte, dans leur esprit, à un simple réseau d’églises paroissiales. Ils développent plusieurs expédients pour restituer aux particuliers l’ensemble des biens immobiliers acquis depuis 1605 (collaboration avec les Dieci savi alle decime in Rialto) et une partie importante des biens mobiliers (crédits hypothécaires et titres de dette publique, avec les Revisori e regolatori alle entrade pubbliche ; tableaux rattachés au domaine national par les Ispettori alle pubbliche pitture) des établissements ecclésiastiques et pieux. Entre 1770 et 1797, la suppression de la moitié des établissements réguliers et la vente de leurs biens immobiliers par l’Aggiunto sopra monasteri ne sont seulement qu’un des moyens mis en œuvre. L’étude de ces procédures permet de montrer comme des biens de mainmorte, considérés comme sacrés par certains contemporains, sont restitués aux particuliers grâce à leur mise sur le marché. Ces ventes profitent à une infime minorité de patriciens, de nobles et de notables qui ont parfois participé à l’élaboration de ce dispositif, créé au nom du bien commun, et l’emploient pour capturer davantage de rentes, et ainsi accroître leurs richesses.